Née à New York et travaillant à Paris depuis 1971, Jane Evelyn Atwood figure parmi les principaux photographes de la scène internationale. Elle acquiert son premier appareil photo en 1976 et commence à photographier un groupe de prostituées d’une rue de Paris. C’est en partie la force de ces images qui lui valut d’obtenir le premier Prix de la Fondation W. Eugene Smith en 1980 pour un autre sujet qu’elle venait d’aborder : les enfants aveugles. Elle n’avait encore jamais publié de photo.
Au cours des années suivantes, Jane Evelyn Atwood réalise plusieurs sujets choisis avec soin, parmi lesquels un reportage de dix-huit mois sur un régiment de la Légion étrangère, où elle suit les soldats à Beyrouth et au Tchad, une chronique de quatre mois et demi sur le premier malade du sida en France à se laisser photographier pour être publié dans la presse, et une étude de quatre ans sur les victimes de mines antipersonnel qui la conduit au Cambodge, en Angola, au Kosovo, au Mozambique et en Afghanistan, toujours avec le même regard personnel et engagé. L’oeuvre de Jane Evelyn Atwood traduit une profonde intimité avec ses sujets pendant de longues périodes.
Fascinée par les gens et par la notion d’exclusion, elle a réussi à pénétrer des mondes que la plupart d’entre nous ignorent ou décident d’ignorer. Elle limite ses reportages aux sujets qui la mobilisent, consacrant à chacun le temps nécessaire - parfois plusieurs années - pour le sonder au-delà des apparences. En 1989, elle entreprend de photographier les femmes incarcérées, parvenant à avoir accès à certains des pires centres pénitentiaires et prisons du monde, y compris aux quartiers des condamnées à mort. Ce travail monumental de dix années, portant sur quarante prisons dans neuf pays d’Europe de l’Ouest et de l’Est et aux États-Unis, reste jusqu’à aujourd’hui la référence photographique déterminante sur les femmes en prison.
Cette exploration en profondeur caractérise la démarche photographique de Jane Evelyn Atwood, mais elle a couvert aussi l’actualité, tels le tremblement de terre de Kobe en 1995, les attentats contre le World Trade Center du 11 septembre 2001 et la Convention démocrate de 2004 .
Jane Evelyn Atwood qualifie sa méthode de travail d’ «obsessionnelle». Elle ne passe à un autre sujet que lorsqu’elle a le sentiment d’avoir pleinement compris celui qui l’absorbait et sa relation personnelle avec lui, et que ses images expriment cette compréhension. L’oeuvre de Jane Evelyn Atwood est présente dans des collections publiques et privées et a été récompensée par de nombreuses distinctions depuis le W.Eugene Smith Award en 1980, notamment le Grand Prix Paris Match du photojournalisme (1990), le Grand Prix SCAM du Portfolio (1996), le Leica Oskar Barnack Award (1997) et un Alfred Eisenstaedt Award (1998). En 2005, Jane Evelyn Atwood s’est vu décerner le Charles Flint Kellogg Award in Arts
and Letters de Bard College, U.S.A., rejoignant des lauréats aussi prestigieux que Edward Saïd, Isaac Bashevis Singer et E. L. Doctorow.
Jane Evelyn Atwood est l’auteur de six livres: Nächtlicher Altag (Daily Nightlife, les prostituées), Mahnert Lueg Verlag, 1980, Munich, Allemagne ; Légionnaires, Éditions Hologramme, 1986, Neuilly, France; Extérieur nuit, PhotoPoche Société, Actes Sud, 1998, Arles, France; Trop de peines, femmes en prison, Éditions Albin Michel, 2000, Paris, France; Too Much Time, Women in prison, Phaidon Press, Ltd, 2000,Londres, Royaume-Uni; Sentinelles de l’ombre, éditions du Seuil, 2004, Paris, France; A Contre Coups, Editions Xavier Barral, 2006, Paris, France.
Voir la présentation de son exposition ici.