Assassin : “Le pouvoir ne veut pas que l’art élève les gens”
Publié le 8 juin 2009 à 23:48
Quelques minutes après sa sortie de scène, après avoir quitté un public énorme devant la scène, CataCult a pu rencontrer Rockin’Squat, le leader d’Assassin.
CataCult : Quelles sont vos premières impressions après le concert de ce soir ?
Rockin’Squat : C’était bien, c’était péchu, même si c’était dur pour nous. En trois jours, on a fait la Suisse, la Bretagne et Perpignan. On s’est fait 17 heures de bus !
C’était bien ce soir. On a de bons souvenirs d’ici, on était déjà venus en 2001 alors que le festival se déroulait sur la grande place dehors.
Pour le public de Perpignan, on sentait qu’il s’agissait de retrouvailles…
Rockin’Squat : La dernière tournée d’Assassin datait de 2002, beaucoup de gens nous attendait, et en même temps on sent que le public se régénère. On l’a vu ce soir, il y a une grande diversité. C’est bien.
Assassin a plus de 20 ans. Quel est votre regard sur le rap, le hip-hop d’aujourd’hui ?
Rockin’Squat : Je porte un regard sur la planète plutôt que seulement sur le rap de France. Pour moi, ça a commencé aux Etats-unis d’ailleurs. J’ai pris le rap de plein fouet quand j’avais 7-8 ans à New York.
Je trouve que le hip hop se porte plutôt bien, dans le sens où il devient une culture pop dans de nombreux pays. C’est une culture qui avertit, qui peut être une alternative à l’éducation en place, comme l’a été le rock ou la soul en son temps.
Le problème c’est que les pouvoirs en place ne veulent pas que l’art élève les gens. Dans la musique, on accepte que tu fasses de l’argent, que tu aies un discours qui s’intéresse au cul des meufs et aux Mercedes… mais surtout pas que l’art puisse élever le public.
Vous vivez essentiellement au Brésil, aux Etats-Unis… et vous portez un regard acerbe sur la France. Cette distance vous aide à avoir ce recul ?
Rockin’Squat : De toutes façons, tout est lié, les problèmes sont internationaux. C’est vrai qu’on pointe du doigt pas mal de choses. On a fait un morceau par exemple qui s’appelle “France à fric”, qui dénonce les liens encore troubles de la France en Afrique. Dans “La lutte du siècle”, on parle du problème de l’eau potable. Des sociétés françaises, comme Vivendi, c’est en Amérique latine qu’elles se gavent…
“Ils nous attendaient avec “Enfant de la balle”
on leur a fait “France à fric”"
On lit de vous sur votre site “l’artiste le plus boycotté et mal compris de notre paysage musical français”. C’est toujours un sentiment qui vous habite ?
Rockin’Squat : C’est pas un sentiment, c’est une réalité. Aucun single que l’on sort n’est diffusé en radio ou en télé. Nos clips ne sont jamais diffusés. Pourtant on fait des clips qui “déboîtent leur race”, avec des réalisateurs comme Yan Kounen ou Kim Chapiron. On n’est pas boycotté, on est censuré.
Parce qu’on peut pas dire qu’on fait de la mauvaise musique, on est disque d’or !
Alors quand on a l’opportunité de faire un prime time à la télé, comme “Le grand journal” avec Denisot, on en profite : ils nous attendait avec le titre “Enfant de la balle” et on leur a fait “France à fric” !
Le volume 2 de “Confessions d’un enfant du siècle” est sortie en avril dernier. Quelle sera la suite ?
Rockin’Squat : “Confessions d’un enfant du siècle”, c’est une trilogie. On travaille sur le troisième. Et puis on continue la tournée jusqu’à fin 2010.
Vous êtes monté sur scène après Sefyu. Il défend des valeurs, vous aussi. Vous vous connaissez ?
Rockin’Squat :J’aime bien ce qu’il fait. Je trouve qu’il a la bonne démarche, la bonne façon d’avancer.
Et puis comme moi, il a choisi de cacher son visage, c’est bien. Je suis content d’avoir partagé l’affiche avec lui ce soir.
Propos recueillis
par Pierre Vaillant
Rubrique : Les Infos