Arc-en-ciel d’un samedi soir
Publié le 7 juin 2009 à 21:32
Ciel gris, averses intempestives, le temps n’était guère à la fête ce samedi soir et pourtant… Pourtant, sur la scène du Festival Ida y vuelta, un groupe est bien décidé à ne pas laisser les humeurs célestes gâcher les réjouissances. Ce groupe, c’est Kaloomé. Face à eux, quelques personnes, visiblement égarées après la “saucée” qui vient de tomber. Qu’importe… Avec conviction, ils se lancent : les chaudes notes de la rumba montent, envahissent l’espace. Puis viennent ces voix si colorées, celles là même où chacun retrouve une part de lui-même, de ses origines proches ou lointaines.
De tous les abris improvisés, des têtes émergent, interpellées. Elles filent vers la scène, un sourire entendu dessiné sur les lèvres. Quelques secondes encore et les corps se dandinent. Le défi est relevé, Kaloomé l’a gagné. Ce groupe perpignanais a réchauffé en un rien de temps les esprits contrariés et détrempés. Ils avaient planqué au fond de leurs instruments, de leurs gorges et sans aucun doute de leurs cœurs tout le soleil qui manquait ce jour-là. Et voilà, qu’avec générosité, ils le déversent. Il faut dire que la recette est délicieuse avec ces épices importées de nombreux rivages. On y devine un rien d’Afrique saupoudrée de poussières cubaines, le tout déversé sur un mix latino-oriental. Un métissage à l’image du groupe dont les origines sont multiples. Oui, la similitude saute aux yeux (et surtout aux oreilles), cela aussi Kaloomé a su le mettre en exergue. On le retrouve non seulement dans la force des textes mais aussi dans le jeu de scène où chaque instrument, par instant, vient soudain se démarquer, sonner sa différence pour se fondre ensuite dans une chatoyante harmonie. Message ? Oui, celui de l’unité, de l’acceptation de l’autre dans sa dissemblance, du respect de celle-ci. La complémentarité ouvre une infinité de possibles riches et doux. Evidence qui a conquis un public maintenant nombreux et enthousiaste. Et voilà que Sabrina Roméro abandonne ses percus pour se lancer dans une danse torride. Dans la foule, bouches ouvertes, mâchoires pendantes, yeux écarquillés sont de mise. Les esprits ne sont évadés, happés par l’ardente et sanguine échappée livrée dans une explosion de lumières et de rythmes. Frissons… Rassurez-vous, les crânes évidés ont tout de même réussi à se reconstituer à temps pour manifester dans un tonnerre d’applaudissements, de cris, de sifflets, son bonheur. Hélas la fin du concert va pourtant s’imposer avec des envies “d’encore” dans les yeux de chacun.
Sandra Nkaké : une étoile brillait haut
Mais voici qu’arrive à pas feutrés et discrets, une magnifique panthère noire : Sandra NKaké. Combien la connaissent ? Cette grande dame tourne pourtant depuis plus de 15 ans mais bien souvent au sein de divers groupes qui la réclament. La découvrir ce soir sera un immense plaisir, une perle à garder dans sa mémoire. D’entrée de jeu, sa voix saisit ; une voix étonnante avec laquelle elle va jouer tout au long du concert l’imprégnant de touches jazzy, soul ou folk, une voix capable de descendre cueillir d’envoûtantes profondeurs ou s’accrocher aux étoiles. Le public se regarde, stupéfait et terriblement conquis. Là-haut, c’est un véritable show, tantôt princesse, tantôt guerrière, le phénomène Nkaké sème le trouble. Difficile de la situer dans un registre, à peine celui-ci supposé, voilà qu’elle s’en évade. Sa liberté d’être resplendit dans le moindre de ses gestes, de ses textes, de ses attitudes. Sa liberté… justement, cette chanteuse engagée l’exprime : “Chantez comme si personne ne vous écoutait, dansez comme si personne ne vous regardait. On aimerait nous enfermer dans de petites boîtes mais ils oublient qu’il y a un espace infini tout autour… “. Les thèmes de ses chansons, elle les vit et le public avec. Cris, sifflets, bras levés, portables allumés, danses…dans le registre trouvé par le public pour manifester son plaisir et sa joie, il en est un qui surpasse les autres : le silence. Et lorsque Sandra Nkaké a chanté sa version magistralement revisitée de “La mauvaise réputation” de Georges Brassens, le silence s’est imposé. Seule sur scène, avec sa voix samplée en live, ce fut un grand moment. Pas un cil qui ne bougea face à cette étoile qui brillait haut. Chair de poule garantie… Inutile de décrire le tollé d’applaudissements et autres qui suivirent cette interprétation… Sandra Nkaké, un nom à retenir, une princesse qui a su conquérir sa couronne et que l’on espère retrouver très, très vite sur scène…
Avec Nneka aussi, une nuit placée sous le signe du soleil
Cette soirée classée sous le double signe de la diversité et du soleil s’est terminée sur des teintes tout aussi colorées avec Nneka. Autre femme, autre style. Ses origines nigériennes parlent à travers gestuelle et chansons. Une voix capable d’épouser un large éventail de tonalités, une présence forte, des textes engagés, Nneka arrive sur un terrain déjà conquis. Des messages, elle en a des tonnes à faire passer, elle les clame avec conviction avant chaque chanson. Malheureusement, mis à part quelques mots de français, la teneur n’est pas toujours évidente à saisir. Reste le langage universel : la musique et à travers elle, le feeling passe. Sur des rythmes marqués, de la soul au reggae, Nneka place sa voix, la laisse courir au-dessus, en caresse éthérée puis la plonge l’instant d’après en plein cœur de la mélodie, l’empoigne avec conviction. Ces alternances renforcent les ressentis, puissance généreuse. Son visage ne sourit pas, son visage exprime la souffrance, le sérieux de son engagement. Et pourtant, que de lumière émane d’elle. La nuit s’est placée sous le soleil. Le public refuse la séparation et Nneka se plaît à donner encore et encore. Et quand le rideau s’est enfin résolu à tomber, la nuit résonnait de toutes les pétillances dont elle fut si magiquement habillée.
Nuit divine à Ida y Vuelta avec cette programmation arc en ciel, ces voyages sur des rivages créés par de véritables artistes. Nuit câline avec ces souvenirs à dérouler pour rêver sa propre vérité…
Pascale Oriot
Rubrique : Les Infos