Kaloomé : le son de l’osmose
Publié le 7 juin 2009 à 21:23
Retrouvez nos photos du concert de samedi soir dans la rubriques “Les Photos” : cliquez ici.
CataCult : Le temps ne se prêtait guère au concert samedi soir au vu des grosses averses tombées juste avant. Je suppose que cela a dû générer plus de stress qu’à l’accoutumée…
Kaloomé : Oui, nous étions dans l’incertitude quant au déroulement de la soirée. Lorsque nous sommes arrivés sur scène, nous savions que nous avions tout à faire y compris ramener le public qui était parti se mettre à l’abri.
Le stress en groupe, ça donne quoi ? Comment le gérez-vous ?
Kaloomé : A la base, c’est très individuel, chacun a sa propre technique et tente de le canaliser au mieux mais nous nous réservons, au minimum, les 5 dernières minutes avant d’entrer en scène pour nous retrouver ensembles et consolider notre cohésion. Nous devons y aller avec un seul et même état d’esprit sinon, c’est la catastrophe. Cela nous est arrivé une fois, nous étions décalés les uns par rapport aux autres et le concert s’en est ressenti. Depuis, nous y faisons attention.
Pourtant, vous êtes arrivés tout sourire sous les feux de la rampe, alors à quel moment avez-vous senti que c’était vraiment acquis ?
Kaloomé : A dire vrai, vers la moitié. Cela n’était pas visible pour le public parce que nous avons l’habitude de la scène mais nous étions vraiment tendus, surtout en étant à Perpignan…
Donc le fait d’être chez vous est plus éprouvant ?
Kaloomé : Oui, c’est sûr ! Le public n’est pas anonyme, on connaît pas mal de gens et on a envie de leur montrer que nous évoluons dans le bon sens. Il y a une part affective forcément avec Perpignan et avec la Casa Musicale aussi…
Justement, peut-on dire que La Casa Musicale est votre berceau ?
Kaloomé : Complètement… A la base, nous avons fondé le groupe suite à un atelier qui se déroulait ici. Nous ne nous connaissions pas véritablement dans le sens où l’univers musical des uns et des autres nous était inconnu. Chacun avait son style et se cantonnait à lui. Là, nous avons dû mettre en commun, pour la première fois, nos influences et nous avons été surpris et contents du résultat.
L’aventure a donc continué…
Kaloomé : Oui, nous n’avions pas envie d’arrêter là. Et puis, la chance nous a souri par l’intermédiaire de Guy Bertrand qui nous a proposé une tournée de quinze jours en Italie. Le groupe s’est soudé et l’aventure ne devait plus s’arrêter. D’ailleurs, nous tenons à remercier la Casa musicale ! Jouer à Ida y vuelta (que nous ne ratons jamais), c’est revenir à notre source alors c’est important pour nous.
Le groupe a bougé plusieurs fois depuis sa création avec des arrivées et des départs…
Kaloomé : Il nous fallait trouver une voie commune et apprendre à gérer aussi des ego très différents. Nous avons tâtonné quelques temps… Mais depuis quatre ans, c’est l’équilibre. Nous sommes six complices et nous nous entendons très bien. Nous savons gérer les petits soucis ensembles, chacun a su trouver sa place.
Oui, cela se ressent sur scène avec ces mises en avant, tour à tour, des uns et des autres pour se refondre dans l’unité ensuite.
Kaloomé : C’est tout à fait ça. Nous somme un mélange de cultures mais aucune ne domine. Nous voulons montrer ce que cette union donne et nous aimerions que cela serve d’exemple à d’autres groupes. Nous soulignons donc la particularité de chacun et ensuite, elle se fond au service de tous. Ensembles, on ose plus… C’est à l’image de Perpignan qui est une ville multi culturelle mais où parfois, les gens se cantonnent dans leurs quartiers où leurs racines. Kaloomé, c’est la chaleur de cette ville et ses couleurs.
D’où vient ce nom justement ?
Kaloomé : C’est Antoine Garcia, “Tato”, qui l’a sorti d’instinct. Il a plu à et nous avons décidé de le garder. Ensuite, nous nous sommes aperçus qu’il contenait des symboles forts. Sa racine, “Kalo”, en vieux gitan et dans un pays du Maghreb signifie “homme noir”. Il est suivi du fameux “Om” indien qui est le son universel. On ne pouvait pas mieux trouver…
Au niveau compo, comment procédez-vous ? Est-ce un travail individuel ?
Kaloomé : Tato amène beaucoup de mélodies ou idées musicales. Nous les travaillons ensembles. Idem pour les textes, les 3 chanteurs proposent et nous peaufinons. Parfois nous avons des chansons faites en commun d’un bout à l’autre. “Agua fresca” en est l’exemple type. Nous avons apporté chacun une phrase.
Quels sont les thèmes de prédilection de Kaloomé ?
Kaloomé : Disons que nos messages sont des messages de paix, d’unité et d’amour en général. La chanson “Que pena” le montre bien. Elle parle des événements de Perpignan, des rixes entre les communautés qui ont été montées en épingle par les médias. Les communautés savent cohabiter et se respecter. Elles doivent aller dans le sens de l’union et de la fraternité.
A l’image du groupe, vous défendez l’ouverture…
Kaloomé : Exactement ! Nous sommes l’exemple vivant de l’unité et de la richesse qu’elle apporte. Si vous regardez bien, en plus des nationalités différentes (française, gitane, arabe et espagnole), il y a aussi une approche musicale très diverses. Par exemple, Caroline, la violoniste vient du conservatoire, d’une structure très encadrée et classique. Face à une culture gitane, vous imaginez le pas franchi… C’est ça qui est extraordinaire. Mais si vous regardez bien, les gens l’ont compris et c’est pour cela qu’ils aiment Kaloomé . Chacun retrouve un peu de sa culture et comprend quelle se complète avec celle de son voisin.
Un nouvel album dans les bacs : ” De Otro Colors”. Comment s’est passé l’enregistrement ?
Kaloomé : L’un de nous possède un studio à domicile, nous avons donc travaillé à résidence pour la maquette. Une fois réalisée, nous avons cherché un producteur et c’est Naïve qui a répondu présent. Nous étions super contents. Nous avons dû accomplir un gros travail de “pré-prod”. Pendant un mois et demi, nous nous sommes approprié les titres et passé en revue chaque compo pour être parfaitement à l’aise pour l’enregistrement. Nous avons ensuite réversé le studio. C’était à Lyon au Studio de l’herbe qui est assez connu. Ca a été intense.
Etant donnée la richesse que vous manifestez, avez-vous déjà d’autres influences et compos déjà en tête ?
Kaloomé : Oui. Nous allons y travailler bientôt d’ailleurs. Ce sont des envies qui se présentent sans arrêt. C’est ce qui nous pousse. Nos compos sont l’expression de nos envies et non pas un effet de mode ou dans l’objectif de plaire à tel ou tel public. Nous composons parce que ça nous appelle et après nous le présentons. Ca plaît ou pas… Pas question de rentrer dans le système chansons commerciales ou mode du jour… D’ailleurs, si nous faisions ça, le public s’en rendrait très vite compte et puis, avant tout, ce serait la fin du groupe, de ce qui nous tient liés les uns aux autres.
Quels retours avez-vous par rapport à tous ces messages que vous tenez à passer ?
Kaloomé : Les gens viennent nous voir après les concerts. Beaucoup nous disent que nous avons un “effet thérapeutique” sur eux…(rires). C’est vrai qu’ils ont tous la banane quand ils nous parlent. Avant, dans nos concerts, la communauté gitane ne venait pas. Aujourd’hui, elle est présente comme toutes celles que nous représentons à travers notre musique.
Parlons des tournées : en France et à l’étranger aussi ?
Kaloomé : Nous tournons beaucoup sur l’Europe : Italie, Hollande, Hongrie… Curieusement, nous ne sommes pas encore allés en Espagne. Pourtant, par des membres du groupe, nous savons qu’ils sont friands de notre musique mais l’occasion ne s’est pas encore présentée. Elle ne saurait tarder… Nous avons hâte ! Sinon, nous avons un projet tout prochainement sur l’Allemagne puis un super festival en Hongrie à Budapest. C’est le festival Sziget très connu et prisé. Là-bas, c’est Woodstock d’aujourd’hui. Il y a un brassage énorme. Beaucoup d’artistes français s’y rendent…
Et au-delà de l’Europe, d’autres tournées ?
Kaloomé : Nous somme allés en Mauritanie et c’était très instructif pour nous. C’était dans le cadre du Festival de la musique nomade. Nous nous produisions sur un terrain de foot… C’était très vibrant de faire découvrir notre musique. Nous en avons gardé de très belles images mais aussi des souvenirs poignants. Le lendemain, nous chantions sous tentes… une aventure…
Vos ressentis par rapport au public sont donc différents selon que vous soyez en France ou à l’étranger ?
Kaloomé : Oui, tout à fait. En fait, en France, les gens manquent un peu de curiosité. C’est ce que nous retrouvons le plus dans des pays comme la Hollande entre autre. Le public est plus nombreux, il n’hésite pas à sortir et faire de la route pour découvrir ce qu’ils ne connaissent pas. Ensuite, ils viennent poser des tonnes de questions. On ne retrouve pas vraiment ça en France. Quoique, entre la partie Nord et le Sud, ça change aussi. Dans le Nord, c’est plus intense. Les gens semblent plus s’impliquer.
Et sur Paris ?
Kaloomé : Ouf ! Paris… Le public parisien est nourri en abondance de concerts et autres manifestations. Ca donne des gens très exigeants, très pointus aussi. Et puis les salles sont dures à trouver là-bas. Si tu en déniches une et que tu as entre 300 et 400 entrées, tu peux t’estimer heureux.
Avec la danse endiablée, Sabrina Roméro, vous avez su mettre la cerise sur gâteau… Quelle est sa formation ?
Kaloomé : Sa mère était danseuse de flamenco. Elle lui a appris dès l’enfance. Ensuite, elle a évolué sans cesse, à travers des stages, des concours, etc. Oui, à chaque fois, nous sommes contents de l’effet qu’elle produit sur scène. C’est aussi un plaisir pour nous, on ne s’en lasse pas…
Dernière question : pour vous, que serait une vie sans musique ?
Kaloomé : Ce ne serait pas… La vie, c’est le son. Le “Om” dont on parlait tout à l’heure est celui de la création. C’est la vibration de vie. Tout est vibration alors, sans ça, rien ne peut exister….
Propos recueillis
par Pascale Oriot
Rubrique : Les Infos